Le massacre du 17 octobre 1961...
Il y a 50 ans, jour pour jour, avait lieu une manifestation à Paris. A l’appel du Front National de Libération (FLN), entre 20 000 et 30 000 algériens descendent dans les rues ce dimanche après-midi pour réclamer l’indépendance de leur pays d’origine et protester contre les couvre-feux qui sont imposés par le pays colonisateur. Un rassemblement pacifique avec une foule sans armes, sans bâtons et sans haine. Pourtant, ce que l’on retiendra de cette journée, c’est la répression sanglante qui a frappée les manifestants. Sans avoir été menacés ou mis en danger, les forces de l’ordre, dirigées par le préfet de police de Paris, Maurice Papon, tuent des centaines d’algériens. Certains morts le crâne fracassé par des manches de pioche ou des crosses de fusils, d’autres sont même retrouvés noyés dans la Seine. Enfin des milliers d’algériens sont emprisonnés seulement pour avoir manifesté. Cette répression est donc, d’après les historiens, le fruit d’un désir de vengeance. D’ailleurs, cette violence envers les algériens n’a pas eu lieu seulement le 17 octobre 1961, elle s’étend sur plusieurs mois, de fin août à fin octobre.
A l’occasion de l’anniversaire de ce drame, un ouvrage en 2 tomes est publié pour la première fois. « Le 17 octobre des algériens » écrit par Marcel et Paulette Péju, aurait dû être paraître dès l’été 1962. Ces journalistes ont recueillis de nombreux témoignages d’algériens qui racontent l’évènement à chaud. Il est complété par « La triple occultation d’un massacre » de Gilles Manceron qui apporte un regard neuf à l’évènement. L’auteur y raconte les défaillances de la Gauche et notamment du parti communiste, les batailles au sommet de l’Etat et comment la France s’est éloignée des principes qui ont fait son Histoire. Gilles Manceron explique également les raisons de la longue occultation de ce massacre.
Autre hommage, celui de Thomas Salva et Olivier Lambert. Avec leur web-documentaire, ils proposent un voyage photographique, sonore et littéraire afin de faire (re)découvrir cet évènement. Pour cela, ils sont retournés sur les lieux, ont fouillé les archives, mêlés les sources et surtout ils ont donné la parole aux derniers témoins. Par cet œuvre, ils espèrent reconstruire une parcelle de mémoire collective sur un drame que la France a occulté.
A ces hommages s’ajoutent, l’appel pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre à Paris lancé par Médiapart et signé par de nombreuses personnalités. En partenariat avec l’association « Au nom de la mémoire », le site d’informations demande la reconnaissance du drame pour que naisse enfin « une nouvelle fraternité franco-algérienne ». D’autres appels ont été lancés par des associations pour la mémoire de cette tragédie. Les historiens, le Parti Socialiste ainsi que 10 sénateurs Europe-Ecologie-Les Verts et les sénateurs communistes ont également demandé dans des communiqués distincts pour que la reconnaissance officielle du drame ait lieu.
En effet, ce lundi, aucun hommage officiel n’aura lieu pour commémorer le drame vécu par des algériens qui « travaillaient, habitaient et vivez en France ». En attendant, le peuple algérien rendra son propre hommage à ses victimes avec des rassemblements et des commémorations dans les villes où l’autorisation leur a été accordée.
Chahinez BOURAOUA
paru le 17/10/2011



